Cités universitaires, quand le droit au logement étudiant est confisqué

Cités universitaires, quand le droit au logement étudiant est confisqué

Chaque année, de jeunes bacheliers, les yeux pétillants d’espoir, quittent leur village natal ou leur ville pour les bancs de l’université à Madagascar. Leur rêve est d’obtenir un diplôme, de construire un avenir meilleur pour eux et leur famille. Au cœur de ce rêve, une promesse, celle d’un logement abordable au sein des cités universitaires, ces bastions de la vie étudiante, censés être des cocons propices à l’étude et à l’épanouissement.

Mais hélas, la réalité est souvent bien plus amère. À Madagascar, et particulièrement dans la capitale, le logement étudiant est devenu un véritable casse-tête, une bataille perdue d’avance pour nombre de nos jeunes talents. L’offre de places en cité universitaire est largement insuffisante, c’est un fait connu. Mais ce qui rend la situation intenable, c’est un phénomène d’une tout autre ampleur. Il s’agit de l’occupation illégale massive de ces lieux de vie par des personnes qui n’ont plus rien à faire dans le circuit universitaire.

Le détournement des cités, entre négligence et mauvaise foi

Ces dernières décennies, nos cités universitaires ont été le théâtre d’un détournement choquant de leur vocation première. Des chambres et appartements, pourtant destinés aux étudiants inscrits, sont occupés par d’anciens pensionnaires qui ont fini leurs études, ou même, qui ont abandonné l’université il y a belle lurette. Ils s’y sont incrustés, transformant ce qui devrait être un tremplin pour l’avenir de la jeunesse en une forme d’héritage illégitime.

Et le pire, c’est que cette occupation illégale a donné naissance à de véritables réseaux. Certains anciens étudiants n’hésitent pas à monnayer ces logements. On assiste à des ventes de chambres à de nouveaux venus, ou à des sous-locations lucratives à des étudiants désespérés qui se retrouvent à payer le prix fort pour un droit qui devrait leur être acquis. C’est une véritable escroquerie au détriment des plus vulnérables.

Mais l’ingéniosité de la mauvaise foi ne s’arrête pas là. C’est choquant de constater que des appartements entiers ont été transformés en épiceries, en cybercafés, en cash point ou même en gargotes. Les allées des cités universitaires, qui devraient résonner du bruit des révisions et des débats étudiants, sont parfois devenues de véritables marchés informels où prospèrent des activités économiques qui n’ont absolument rien à voir avec le monde universitaire.

Comment un étudiant peut-il se concentrer sur ses études quand il est entouré de bruits constants, d’activités commerciales, ou qu’il doit simplement se battre pour trouver un toit, alors que son droit est bafoué par le culot de quelques-uns ?

Redonner les cités à ceux qui les méritent

La prolifération de ces occupations illégales est telle qu’elle a rendu la gestion des cités universitaires quasi impossible pour les autorités compétentes. La situation est devenue un véritable enchevêtrement de droits bafoués et de profits indus.

La solution, même si elle semble radicale, est nécessaire. Il faut faire le ménage. Un grand coup de balai s’impose pour rendre à César ce qui appartient à César, ou plutôt, rendre aux étudiants ce qui leur est dû. Le logement universitaire n’est pas un bien que l’on s’approprie à vie, ni une opportunité de business. C’est une aide essentielle, un support vital pour la réussite académique des étudiants.

C’est pourquoi l’accord récent entre le CROUA (Centre Régional des Œuvres Universitaires d’Antananarivo) et l’Université d’Antananarivo est une lueur d’espoir. L’initiative d’identifier précisément les vrais étudiants inscrits, ceux qui sont légitimement éligibles à un logement, est une étape cruciale. Il s’agit de remettre de l’ordre, de rétablir la justice et de s’assurer que ces infrastructures, financées par l’État et donc par nous tous, servent enfin leur objectif initial celui de soutenir la jeunesse malgache dans son parcours éducatif.

Il est temps de se rappeler et de faire respecter un principe fondamental. Les cités universitaires malgaches sont exclusivement destinées aux VRAIS étudiants. Ceux qui ont terminé leurs études ou qui les ont abandonnées doivent laisser la place à la nouvelle génération. Ceux qui ont transformé ces lieux en commerces doivent cesser ces activités illégales. Il est de notre devoir, en tant que société, de veiller à ce que les opportunités soient équitablement distribuées et que le chemin vers la connaissance ne soit pas semé d’obstacles créés par l’égoïsme et la mauvaise foi.

Soutenons cette démarche de remise en ordre. Nos étudiants méritent un environnement propice à leur réussite. Donnons-leur les moyens de construire le Madagascar de demain.

Rasamy

Crédit photos : Images tirées de Facebook et utilisées à titre d’illustration

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