Reboisement à Madagascar, et si on arrêtait de planter des pique-niques ?

Reboisement à Madagascar, et si on arrêtait de planter des pique-niques ?

A Madagascar, chaque année, c’est le même ballet. Dès que la saison des pluies pointe le bout de son nez, une belle tradition prend le relais. C’est le reboisement.

Quand planter rime avec pique-nique et fête

Ministères, ONG, entreprises privées, universités, associations, … tout le monde y va de sa journée de reboisement. Une occasion de se retrouver, de planter quelques jeunes pousses, et souvent de partager un bon repas en plein air. Donc, un pique-nique géant. Parfois, il y a même des artistes pour l’ambiance, des petits cocktails pour les officiels. Bref, le reboisement, c’est un peu devenu la sortie détente de l’année. On se dit que c’est une bonne manière de joindre l’utile à l’agréable.

Mais la dure réalité derrière les paillettes …

Sauf que derrière cette ambiance conviviale, cette impression d’agir pour le bien, une réalité bien moins joyeuse se dessine. Malgré tous ces efforts, toutes ces journées de plantation organisées depuis des années, voire des décennies, la grande île continue de perdre ses forêts à une vitesse folle. La déforestation ne s’arrête pas, et chaque saison sèche, les feux de brousse ravagent ce qui reste.

Pire encore, le taux de réussite de ces reboisements est proche du zéro. Les jeunes pousses plantées avec tant d’enthousiasme ne survivent pas, faute de suivi, de techniques adaptées, ou simplement parce qu’elles sont oubliées après le départ des planteurs.

L’argent public, jeté par la fenêtre ?

On dépense des millions, parfois des milliards, pour ces événements. Dernièrement, l’annonce de la Cour des Comptes a laissé tout le monde abasourdi. Un ministère aurait dépensé plus d’un milliard d’Ariary pour une seule journée de reboisement. Pour quel résultat concret ? C’est l’argent public qui part en fumée, littéralement, sans que nos forêts ne reverdissent vraiment.

Jusqu’à quand continuerons-nous ainsi? On ne peut pas se permettre de traiter le reboisement comme un simple prétexte pour dépenser l’argent de l’État ou organiser une fête. L’enjeu est trop grand pour l’avenir de nos forêts, de notre climat, de nos ressources naturelles, et finalement, du pays entier.


Il est temps de changer de cap

Il est temps de changer radicalement notre façon de faire. Et si on arrêtait ces journées pique-nique et plantation pour de bon ? Et si, à la place, on mettait tout cet argent et toute cette bonne volonté au service d’une vraie stratégie, d’une vraie brigade du reboisement par exemple?

Il faudrait alors des équipes dédiées, formées aux meilleures techniques de plantation, qui travaillent toute l’année. Elles connaîtraient les sols, les espèces qui poussent le mieux, et assureraient un vrai suivi. Tout l’argent actuellement dispersé entre les différents ministères pourrait être réuni pour financer cette brigade.

Un suivi sérieux et sur le long terme est indispensable. Planter, c’est bien. S’assurer que l’arbre grandit, c’est mieux. Des équipes qui surveillent, arrosent, protègent les jeunes plants pendant plusieurs années, c’est la clé de la réussite du reboisement.

Rasamy

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