Antanambao sauvage

Antanambao sauvage

Oups! Le titre pourrait choquer plus d’un, notamment ceux qui ont comme Antanambao, le nom de leur quartier natal. Antanambao signifie littéralement nouvelle ville mais dans le contexte malgache, il s’agit plutôt de nouveau quartier.

Comment se développe le processus de formation d’une ville à Madagascar? 

Au début, il s’agit toujours d’un petit groupe de maisons qui constitue un hameau puis un village, lequel au fur et à mesure de son extension suite à la construction de nouveaux logements se mue en quartier. Une mutation qui se fait donc de manière intuitive, sans planification préalable. Il suffit après qu’un ménage commence à construire sur un autre endroit encore vierge un peu plus loin pour que les autres lui emboîtent le pas, donnant naissance à un autre nouveau quartier, et ainsi de suite.

Chaque nouveau quartier portera successivement le nom d’Antanambao I, Antanambao II, Antanambao III, etc. Certains quartiers doivent leur nom soit à la personne qui avait eu l’idée de s’y implanter en premier, soit à une personnalité célèbre qui s’y était séjournée ne serait-ce que de courte durée comme un Roi ou une Reine, ou encore à un bon guerrier qui y avait vécu, etc.

Plusieurs quartiers s’associent après pour former une ville ou plus précisément une zone d’agglomération. Cette dernière avec ses zones périphériques immédiates sont incluses ensuite dans une Commune. Une Commune peut être urbaine ou rurale en fonction surtout de la taille de sa population et des caractéristiques des infrastructures qu’elle dispose (les routes, les écoles, les marchés, les hôpitaux, etc.). Quand les paysans disent qu’ils vont en ville, ils ne s’agit pas forcément d’une grande cité comme Antananarivo, mais plutôt de la zone d’agglomération la plus proche, là où a lieu surtout le marché hebdomadaire de leur Commune d’appartenance.

Urbanisation sauvage, source de nos malheurs

Ce phénomène de création et de densification d’une ville s’appelle généralement urbanisation. Toutefois, tant que cette création se fait de façon naturelle ou sauvage, l’on ne peut parler d’urbanisme. A partir du moment où la ville est considérée comme un objet ou une œuvre qu’on modifie, arrange, planifie pour répondre aux besoins futurs de la population, c’est là que l’urbanisme est né. Aussi, la pratique de l’urbanisme consiste-t-elle d’une part à la planification des nouveaux quartiers et/ou nouvelles villes, et d’autre part à la réhabilitation, la restructuration et la rénovation des quartiers existants.

Madagascar n’a donc pratiqué réellement l’urbanisme que depuis quelques années. Et encore, s’agit-il d’une pratique éphémère qui consiste essentiellement à procéder à des mesures curatives en vue d’améliorer les villes existantes et rarement une planification des quartiers ou villes futurs. Autrement dit, nous avons toujours troqué la prévention contre la guérison.

Cette médiocrité dans la pratique de l’urbanisme est la principale source de tous nos problèmes actuels et qui risquent encore de s’aggraver dans le futur. En effet, les impacts directs des Antanambao sauvages sont multiples à long terme: inondations, éboulements des terrains, insalubrité, destruction du paysage, prolifération des bidonvilles, création des espaces labyrinthiques, etc. D’autres problèmes encore plus graves en sont leurs corollaires tels que l’insécurité, des maladies diverses à cause du stress et de la pollution, le manque d’infrastructures publiques adéquates, embouteillages monstres et permanents sur les principaux axes existants, inaccessibilité en voiture au cœur des quartiers, …

Les Antanambao ailleurs

Notons que les Antanambao existent partout dans le monde. En France, plusieurs Régions disposent de leurs propres Villeneuves, à l’instar de Villeneuve-La-Garenne en Hauts-de-Seine. De tels phénomènes sont également légion dans les autres pays européens comme les Neustadt en Allemagne ou encore les Newtowns britanniques.

Cependant, contrairement au cas de Madagascar, toute tentative d’occupation d’un espace vacant doit y suivre une procédure rigoureuse en matière d’octroi de permis de construire. La délivrance d’une telle autorisation doit en outre respecter scrupuleusement les prescriptions d’urbanisme qui sont inscrites dans le plan/schéma d’aménagement de la zone. En effet, chaque Commune dispose d’outils de planification territoriale dont les noms peuvent varier d’un pays à un autre mais dont les objectifs et le contenu demeurent sensiblement les mêmes, à savoir la définition de manière précise des vocations et des règles d’utilisation des sols. Il s’agit à titre d’exemple du plan local d’urbanisme (PLU) et du plan d’aménagement et de développement durable (PADD) pour la France, les Stadtentwicklung & Stadtplanung pour les allemands, etc.

Actuellement, la création de nouveaux quartiers d’habitation dans ces pays n’est plus dictée uniquement par les besoins en matière de logement pour satisfaire un nombre croissant de population mais également par la recherche d’une meilleure qualité de vie en donnant une importance particulière à la réduction des pollutions et à l’utilisation des énergies renouvelables. D’où la naissance des éco-quartiers, un concept très en vogue actuellement. D’autres pratiques encore plus extraordinaires de l’aménagement du territoire sont également en train d’émerger notamment dans les pays du Golfe, dont la création d’une ville 100% écologique comme Masdar, la première ville au monde où l’émission de gaz polluants serait quasi nulle.

Alors, jusqu’à quand continuerons-nous de créer les Antanambao sauvages?

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