Pourquoi s’acharner sur le projet Ambatovy?

Pourquoi s’acharner sur le projet Ambatovy?

Le grand projet d’exploitation minière Ambatovy ne cesse d’alimenter des polémiques depuis sa phase d’exploitation. Récemment, les débats sont particulièrement nourris sur la page débattons de la relance économique, l’un des forums de discussions malgaches les plus dynamiques sur Facebook. Les responsables de la communication d’Ambatovy ont apparemment pris l’initiative d’inviter les grands animateurs de ce forum pour constater de visu les réalisations du projet notamment en matière de gestion environnementale. Ces invités spéciaux sont visiblement convaincus de  l’importance des efforts menés par le projet au point d’en devenir ses « avocats » pour certains. Les avis des uns et des autres dans ces débats m’ont poussé à écrire ce billet qui relate mon point de vue sur ce projet.

Culture sur brûlis vs zone de conservation :

D’un côté, l’un des points importants à souligner est bien évidemment la destruction totale de la forêt sur l’empreinte minière où sont extraits le cobalt et le nickel à Ambatovy. Ces extractions impliquent effectivement le décapage de la forêt perturbant ainsi totalement la biodiversité tant faunistique que floristique de la zone concernée. Quelles que soient les explications d’Ambatovy, ces impacts négatifs sont inévitables et d’importance majeure. Cependant pour y remédier, son cahier de charges environnementales (CCE) contraint le projet à prendre des mesures de compensation adéquates d’où à titre d’exemple la sauvegarde d’une zone de conservation autour de la mine qui sert également à accueillir des espèces faunistiques et floristiques importantes vivant dans les fragments forestiers qui auront disparu suite à l’exploitation minière et en partie à l’implantation des infrastructures. Ambatovy a également mis en place des pépinières permettant de réaliser une reforestation ultérieure de la zone par les mêmes essences locales. Il faut admettre que le respect de ces engagements environnementaux fait partie de la force du projet Ambatovy en ce qui concerne le site de la mine malgré les effets négatifs irréversibles sur la forêt décapée.

De l’autre côté, nul n’est sans savoir que cette forêt de l’Est a toujours été l’objet d’exploitation forestière, souvent illicite, à l’instar des exploitations de bois précieux comme le bois de rose que l’Etat a toujours du mal à endiguer.  A cela s’ajoutent les défrichements pour les cultures sur brûlis et les feux intentionnels ou accidentels qui ont conduit à la disparition annuelle de plusieurs milliers d’ha de zone forestière. Même le fameux adage « rahoviana vao ho ripaka ny ala antsinanana » n’est plus qu’un lointain souvenir. Aussi, à mon humble avis, avec ou sans Ambatovy, ces forêts seraient-elles toujours vouées à disparaître, d’autant plus qu’elles sont en dehors des aires protégées.

Une question se pose alors, faudrait-il laisser ces forêts aux mains des populations locales qui s’adonnent à cette pratique agricole destructrice de la forêt avec un très faible rendement agricole comme résultat, ou laisser les grands investisseurs miniers détruire la même forêt mais avec des mesures de compensations environnementales et de sauvegarde sociale en contrepartie?

Exploitation sauvage des ressources minières vs redevances et ristournes de 1 à 2%:

S’il y a un argument sur lequel les anti-Ambatovy se basent de manière persistante, c’est cette histoire de redevances et ristournes minières jugées minimes. Ces taux semblent effectivement excessivement bas, mais il faut avouer qu’Ambatovy ne fait que se conformer à la Loi sur les Grands Investissements Miniers (LGIM), laquelle a été adoptée par  nos dirigeants. Inutile donc de s’acharner sur ces investisseurs. Les ristournes sont partagées entre les collectivités territoriales décentralisées dont les communes et les régions, tandis que la redevance entre dans le budget général de l’État. Notez qu’il s’agit d’un pourcentage par rapport au chifre d’affaires, soit quand même plusieurs milliards d’ariary annuellement en plus des taxes et impôts. Durant la période de transition, Ambatovy s’est également engagé à octroyer un fonds d’investissement social à hauteur de 25 millions de dollars pour la mise en œuvre de plusieurs projets sociaux tels que le projet Bazar Be Toamasina, le projet Harenasoa, etc.

bazar_4

Malgré le chômage technique ayant touché quelque 900 employés récemment qui me désole également, il faut noter qu’Ambatovy a permis la création de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects depuis sa phase d’installation ainsi que le développement de plusieurs PME et PMI. Soulignons en outre la formalisation de ces petites et moyennes entreprises qui pour être éligibles en tant que prestataires d’Ambatovy ont obligatoirement dû non seulement formaliser leurs activités mais surtout respecter la qualité et les normes en matière de HSQE. Pour cela, le département SCM/ALBI d’Ambatovy a mené des audits qui visaient principalement à faire progresser l’entreprise pour que cette dernière soit en mesure de fournir des services de qualité. Plusieurs entreprises malgaches ont suivi des formations sur le management de qualité au sein du centre de formation d’Ambatovy et ont également fait l’objet non seulement d’audit qualité mais aussi de suivi de l’application des procédures exigées par le projet.

Parallèlement, même si elles ne sont pas tout à fait comparables avec Ambatovy et les autres IDE, nous savons tous comment se déroulent les exploitations minières dans plusieurs Régions de la Grande île. Rares sont les exploitants miniers formels. Les richesses minières (or, saphir, diamants, rubis, …) malgaches sont exportées illicitement en plusieurs quantités mensuellement ou hebdomadairement voire quotidiennement pour certains types de produits et ce, sans apporter une once de ristourne ni de redevance à l’Etat. Les dégâts environnementaux de ces exploitations sont d’ailleurs incommensurables sans parler de la création de grandes villes sauvages ne respectant aucune norme d’urbanisme. Le cas d’Ilakaka en est un exemple typique illustrant cet état de fait, où tout se déroule de manière illicite et sauvage et où l’Etat ne tire aucun bénéfice sur sa propre richesse.

Pire, certaines aires protégées comme le Corridor Ankeniheny-Zahamena (cliquer ici) qui se situe dans la même Région qu’Ambatovy font actuellement l’objet d’exploitations minières à grande échelle difficilement maîtrisables, sans que personne n’y trouve rien à redire. Il en est de même à Didy il y a quelques années. (Lire ici et ici)

Eu égard à tout ce qui précède, une deuxième question se pose naturellement: Faut-il continuer avec les exploitations illicites et sauvages qui n’apportent rien au pays sauf désolation, insécurité et crime en tout genre, ou bien encourager des grands investisseurs comme Ambatovy ou QMM où tout se fait dans la légalité tout en bénéficiant des projets sociaux, des redevances et des ristournes aussi « peu » soient elles?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s