Longoza, de l’herbe sauvage au parfum de luxe

Longoza, de l’herbe sauvage au parfum de luxe

Dans le billet dedié au site de Vohimana, je vous ai déjà parlé de l’existence de deux unités d’Alambic qui produisent des huiles essentielles à partir des feuilles de «sakavirondambo», de «longoza» et de «ravintsara». Cet article traite de manière plus détaillée l’exploitation d’une de ces plantes qui est considérée par beaucoup de gens comme une plante « envahissante », cette espèce ayant été introduite à Madagascar, alors que sa valorisation peut être bénéfique pour toute une communauté en milieu rural.

Il s’agit du « longoza » ou maniguette fine, plus connu sous le nom scientifique d’Aframomum angustifolium et appartenant à la Famille des Zingibéracées. Cette plante pousse facilement dans la partie orientale de Madagascar, mais aussi sur les hauts-plateaux. On peut extraire de l’huile essentielle à partir de ses grandes feuilles lancéolées.

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L’exploitation de Longoza n’existe pas qu’à Vohimana, plusieurs associations dans d’autres localités rurales s’adonnent également à cette activité en utilisant à peu près la même technique. Je vous donne donc ici un exemple concret de valorisation de ressources naturelles par la population locale à Madagascar, mais j’apporte en même temps mon point de vue sur ses principaux aspects négatifs.

Comment extraire l’huile essentielle de Longoza ?

L’extraction de l’huile essentielle se fait par un procédé de distillation à la vapeur d’eau de ces feuilles. Comme il s’agit d’un alambic traditionnel, ce dernier est composé tout simplement de trois composantes, à savoir la Chaudière dans laquelle on fait bouillir l’eau pour la distillation de la matière à l’aide de bois de chauffe, la Colonne dans laquelle les vapeurs d’eau montent vers le Condenseur qui constitue donc la dernière partie du dispositif. La vapeur d’eau entraîne donc avec elle, en traversant les feuilles de Longozo, l’huile essentielle que l’on récupère à la sortie de l’alambic après liquéfaction.

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De nombreux ménages qui se regroupent dans une association se partagent les tâches et se relaient pour produire l’huile essentielle de Longoza. Les uns collectent les feuilles, les autres transportent les bois, tandis qu’une poignée d’homme s’occupent de la distillerie. Le tout sous la direction d’un chef d’exploitation ou du président de l’association.

Les feuilles collectées sont d’abord pesées pour connaître la quantité apportée par chaque personne, à laquelle correspondra donc sa rémunération. Elles sont ensuite déposées dans l’alambic. Il ne reste plus après qu’à recueillir les gouttes d’huile essentielle de couleur jaune qui se déversent dans un récipient au fur et à mesure que les vapeurs se condensent.

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Toutes ces activités font que ce genre d’exploitation s’avère avantageux pour un nombre considérable de ménages ruraux, en leur offrant un revenu supplémentaire en plus de  l’agriculture qui reste le principal système de production dans ces zones rurales.

En ce qui concerne le prix appliqué au niveau du site de production, l’huile essentielle de longoza est vendue en vrac et en petit flacon de 10 ml, à raison respectivement d’un million d’ariary le kilo et de 13.000 ariary l’unité.

Quelles sont les vertus du Longoza ?

Les feuilles de cette plante donnent une essence aromatique ayant de nombreux composants actifs. Diluée dans de l’huile végétale, cette essence est utilisée essentiellement pour les massages relaxants. Ce traitement est indiqué par exemple aux personnes qui cherchent un sommeil réparateur.

L’on peut également juste ajouter quelques gouttes de cette essence dans l’eau de bain, ou encore tout simplement l’appliquer sur la peau avant de se coucher pour avoir une sensation de détente. L’utilisation de l’huile essentielle de longozo en cosmétique n’en demeure pas moins importante. Son odeur très singulière fait qu’elle est très recherchée en parfumerie.

 

Sachez qu’outre la vente au niveau local et national, une très grande partie des huiles essentielles produites à Madagascar atterrit dans les laboratoires de certaines grandes marques de la cosmétique et de la parfumerie en Europe. La production de ce type d’huile essentielle se fait ainsi essentiellement en fonction de la commande venant de l’extérieur. On connaît par exemple qu’un géant mondial du luxe a recours depuis plusieurs années à l’huile essentielle de Longoza pour une gamme de ses produits. Laquelle est employée comme anti-âge grâce à l’une des propriétés du Longoza, à savoir le renforcement de la vitalité des cellules.

Quels sont les principaux impacts négatifs à atténuer ?

Malgré ses impacts positifs sur le plan socio-économique, des effets négatifs sur le plan environnemental méritent d’être soulignés. En effet, le procédé de production génère des impacts en termes de déchets, de rejets de polluants et de consommation de ressources naturelles.

Comme toutes les distilleries traditionnelles de ce type, les résidus solide et liquide de l’exploitation s’amoncellent et stagnent à proximité immédiate du site. Non seulement cela a des impacts visuels par la destruction du paysage mais risque en même temps de polluer les ressources en eau et le sol. Aucun traitement efficace ne semble être réservée à ces déchets de la distillerie.

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L’autre impact négatif vient de l’énorme besoin en bois d’eucalyptus pour chauffer la chaudière. Bien qu’il s’agisse d’une espèce à croissance rapide, la disponibilité permanente et à long terme de ce type de ressource reste problématique. Le risque de déforestation est toujours à craindre, notamment si l’on envisage une extension ultérieure de l’exploitation. Outre la mise en œuvre d’un vaste projet de reboisement à partir des pépinières, ce qui semble déjà le cas pour Vohimana, la recherche d’énergies alternatives au bois est à promouvoir. Le remplacement du bois par une briquette de biomasse combustible doit par exemple être envisagé.

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2 réflexions au sujet de « Longoza, de l’herbe sauvage au parfum de luxe »

  1. Excellent article. On parle beaucoup des bienfaits des huiles essentielles et on aime les utiliser parce qu’elles sont naturelles mais on ne se penche parfois pas assez sur l’impact environnemental de leur production. Cet article est super car il couvre bien les deux aspects et ils devient essentiel de reflechir comment nous pouvons aider ces productions artisanales a utiliser des energies plus « clean » lors de leur process de production, en tenant en compte les contraintes du pays.

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