L’inauguration récente de la nouvelle station de de production d’eau potable à Mandroseza marque un tournant. Sous l’impulsion du PAAEP (Projet d’Amélioration de l’Accès à l’Eau Potable), cette infrastructure vient offrir une véritable bouffée d’oxygène à une capitale longtemps asphyxiée par les pénuries. Mais au-delà de l’annonce officielle et de la coupure de ruban, que se cache-t-il réellement sous le capot de ce grand projet ? Pour vous, sur le blog de Rasamy, j’ai décidé de décortiquer le plan technique d’envergure nationale qui promet de sécuriser notre accès à l’or bleu.
Mandroseza, une prouesse technique qui change déjà tout
La mise en service de cette nouvelle unité permet de combler une partie du déficit chronique de 100 000 m³ par jour dont souffrait la capitale. En modernisant les systèmes de pompage et de traitement, le projet a réussi à stabiliser la production, et nous sommes nombreux à Tana à constater, depuis plusieurs jours, une pression plus constante aux robinets. C’est le premier jalon d’une stratégie qui vise à redonner à la JIRAMA sa capacité de servir les usagers 24h/24.

Capter la ressource là où elle est abondante
Pour la suite des travaux, le PAAEP mise sur une diversification intelligente des sources d’approvisionnement. Le projet ne se contente plus des prises d’eau traditionnelles. Il s’attaque désormais au captage d’eaux souterraines profondes via des forages tubulaires de haute technologie dans des zones stratégiques comme Laniera et Ambohitrimanjaka.
En parallèle, l’exploitation des eaux de surface est optimisée sur les rivières Ikopa, Sisaony et Andromba. Ces nouvelles infrastructures de captage sont dimensionnées pour répondre à l’explosion démographique de l’agglomération, assurant ainsi une sécurité hydraulique sur le long terme.
Moderniser le traitement pour une eau irréprochable
L’un des défis majeurs est la lutte contre l’envasement. Le lac de Mandroseza va subir un curage mécanique de grande ampleur pour restaurer sa capacité de stockage initiale. Mais l’innovation réside aussi dans l’installation d’Unités de Traitement Compactes (UTC) et de bassins de pré-décantation massifs, comme celui prévu à Ankadivoribe avec une capacité de 20 000 m³.
Ces systèmes utilisent des procédés de coagulation-floculation et de désinfection automatisés, garantissant une potabilité stricte selon les normes internationales, même pendant les périodes de forte turbidité en saison des pluies.
Des réservoirs et des barrages pour sécuriser l’avenir
Pour éviter les coupures lors des pics de consommation, le PAAEP prévoit la construction de réservoirs de stockage géants à Iavoloha et Ambohidrapeto, fonctionnant comme des tampons régulateurs pour le réseau.
Le financement additionnel octroyé par la Banque Mondiale, devrait en outre permettre de réhabiliter les barrages stratégiques de Mantasoa et Tsiazompaniry. Ces travaux de génie civil, incluant des injections d’étanchéité et la réparation des structures en béton, sont cruciaux pour réguler le débit des rivières pendant l’étiage, assurant ainsi que les stations de pompage en aval ne tombent jamais à sec, même en pleine sécheresse.

Renouveler les veines de nos villes
Le plan technique du PAAEP s’attaque également à une réalité invisible mais coûteuse, c’est à dire la vétusté du réseau. Actuellement, près de 44 % de l’eau produite est perdue à cause des fuites et des branchements illicites. Les travaux envisagés prévoient le remplacement de plus de 70 km de conduites secondaires et tertiaires à Antananarivo.
En changeant ces vieux tuyaux en fonte ou en acier galvanisé par des matériaux plus durables comme le PVC ou la fonte grise moderne, le projet vise une réduction drastique de la perte d’eau. C’est comme si l’on créait une nouvelle station de production simplement en arrêtant de gaspiller ce que nous avons déjà.
Et les autres villes alors ?
Le PAAEP, ce n’est pas que pour Tana. Fianarantsoa, Mahajanga, Antsirabe, Antsiranana et Manakara sont aussi sur la liste. Et avec le financement additionnel (FA), le projet s’étend même à Nosy Be, Fort-Dauphin, Sambava et bien d’autres villes. Partout, l’objectif est le même, des branchements sociaux moins chers pour les familles et plus de bornes fontaines intelligentes dans les quartiers.

L’impact potentiel de ces travaux, touchant Antananarivo, Fianarantsoa, Mahajanga et 68 autres centres, est tout simplement incalculable. Qu’il s’agisse de santé publique ou d’allègement de la charge domestique pour les femmes, les enjeux sont vitaux. Cependant, l’heure n’est plus aux présentations Power Point ni aux promesses de papier. Nous espérons de tout cœur que cette vision ne restera pas uniquement au stade de projet. Le succès du PAAEP ne se mesurera pas au montant des financements, mais bien à la régularité du débit au robinet. Nous attendons désormais des résultats concrets, rapides et tangibles dans toutes les villes concernées. Chaque foyer malgache, de Tana à Fort-Dauphin, mérite que cette ambition devienne enfin une réalité quotidienne.
Rasamy