Quel avenir pour Antananarivo?

Quel avenir pour Antananarivo?

Manque de volonté politique, inapplication des lois et des règlements en matière d’aménagement et d’urbanisme, absence d’outils de planification territoriale efficaces et non maîtrise des techniques d’aménagement du territoire, telles sont les problématiques principales de la gestion urbaine à Madagascar en général et à Antananarivo en particulier. Tout cela forme un cocktail explosif qui risque de détruire notre ville à un moment donné. D’autant plus qu’elle  devra naturellement se confronter à l’augmentation sans cesse de sa population et aux problèmes accrus liés aux changements climatiques.

Certains prospectivistes prévoient un doublement de la population urbaine à Madagascar d’ici au plus tard une vingtaine d’années. Une prévision qui est loin d’être utopique au rythme actuel du taux de natalité malgache accentué par le phénomène d’exode rural. Paradoxalement, les infrastructures urbaines ne cessent de se détériorer. L’entretien des équipements urbains se fait rare faute de moyens financiers surtout, tandis que  l’implantation de nouvelles infrastructures, si elle est programmée, fait toujours face à la résistance féroce des citadins ne voulant accepter aucun changement  dans leur mode de fonctionnement actuel, aggravée par l’absence d’une réelle volonté politique de la part des dirigeants.

Comment pourra-t-on encore vivre dans une cité comme Antananarivo d’ici 20 ans si rien ne change en matière d’aménagement du territoire ? Une telle question mérite une réflexion profonde non seulement de la part des décideurs politiques mais aussi de tous les habitants.

Par définition, l’aménagement du territoire (qui inclut l’urbanisme ou aménagement urbain) est l’art et la technique de disposer dans l‘espace les hommes et leurs activités. Cette disposition doit suivre une logique particulière qui est de changer un état actuel jugé non satisfaisant vers une situation future satisfaisante en adoptant une démarche prospective. Tous les prétendants à la Mairie d’Antananarivo devraient ainsi non seulement avoir une clairvoyance sociopolitique leur permettant de répondre aux besoins futurs des habitants, mais aussi maîtriser les techniques d’aménagement pour une utilisation optimale du territoire, ou du moins disposer d’une équipe efficace pour le faire. Notons que l’aménagement du territoire est à la fois un processus (planification, règlementation, …) et le résultat de ce processus (l’aménagement réalisé). Autrement dit, il ne s’agira pas uniquement d’avoir une vision, d’élaborer des outils de planification territoriale mais également de réaliser des projets d’aménagement cohérents issus de séries de réflexions participatives visant à satisfaire des besoins futurs.

La réponse à la question précédente est donc claire, il faut pratiquer l’aménagement du territoire qui devrait commencer par la planification et aboutir à la concrétisation de nombreux projets urbains. Pour Antananarivo, des travaux de restructuration des quartiers et de rénovation urbaine s’imposent à court et moyen termes tandis que la création de nouvelles villes est incontournable à long terme.

La restructuration qui devrait toucher l’ensemble des quartiers anciens consistera à faire des opérations locales successives mais qui doivent s’insérer dans un projet d’ensemble, en commençant par l’occupation ou la valorisation des terrains vacants en y implantant de nouveaux équipements urbains utiles et/ou des logements sociaux (immeubles). Il devrait s’ensuivre la réhabilitation des réseaux de voirie et d’assainissement existants ainsi que la création de nouvelles infrastructures et/ou l’extension de celles existantes pour satisfaire un nombre croissant d’usagers. On peut également parler de redimensionnement des ouvrages. Les projets  de construction de nouvelles gares routières ou autres infrastructures socio-économiques sur des terrains encore vacants actuellement vont déjà dans ce sens. Mais ces projets sont encore insignifiants par rapport à l’enjeu de l’urbanisation à Antananarivo.

Pour cela, la Commune devrait disposer préalablement d’un outil efficace lui permettant de bien gérer  toutes les parties de son territoire. L’élaboration d’un plan d’urbanisme directeur ou détaillé renfermant les vocations du sol et les règlements d’urbanisme à mettre en vigueur au niveau de chaque secteur du territoire trouve donc ici son importance. Corollairement, l’application de manière rigoureuse des prescriptions d’urbanisme (zones constructibles et inconstructibles, …) s’avère importante, notamment dans les procédures d’octroi de nouveaux permis de construire.

La rénovation urbaine devrait s’appliquer aux quartiers insalubres implantés sur des zones inondables, où la grande majorité des constructions sont non seulement en très mauvais état mais également illicites, l’occupation du sol est insuffisante et inadaptée, les infrastructures manquent cruellement, etc. Ce type d’opération d’aménagement urbain qui consiste à tout raser, puis à tout reconstruire entraînera inévitablement un grand bouleversement des quartiers entiers, un recours massif à l’expropriation, une mobilité forcée des habitants, mais c’est obligatoire si on veut avoir un réel changement dans la ville. Seulement, il faut que les résultats  soient proportionnels à la souffrance endurée par la population. La mise en œuvre d’une telle opération exigera ainsi du Pouvoir une réelle volonté politique apte à faire face à toute opposition, aussi dure soit elle.

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La Commune urbaine d’Antananarivo avait déjà à l’époque (année 2000) procédé à une telle opération du côté d’Andohatapenaka. Une action brusque qui a entraîné un déplacement forcé de toute une population mais qui s’est traduit par l’aménagement d’un grand boulevard et la requalification du quartier dont les impacts positifs sont ressentis jusqu’à maintenant par l’ensemble de la population Tananarivienne. Une opération de cette envergure est à décupler malgré son caractère violent dont les plus urgents sont à Andravoahangy tsena, Besarety, Antohomadinika, Isotry et Ankasina. Les travaux de construction de nouvelles routes (Tsarasaotra – Ivato et Route Digue – Ankazomanga) qui sont actuellement en cours sont déjà de bonnes occasions permettant la mise en oeuvre d’actions de rénovation urbaine.

La création de nouvelles villes, bien que financièrement trop ambitieuse pour un pauvre pays comme Madagascar reste un des moyens les plus efficaces pour éviter une disparité des constructions et une prolifération des auto-constructions ne respectant aucune norme en matière d’aménagement et d’urbanisme. On entend par ville nouvelle, une ville ou un ensemble de communes qui naît généralement d’une volonté politique et qui se construit en peu de temps sur un emplacement auparavant peu ou pas habité. Elle suppose de ce fait une bonne maîtrise foncière, un plan d’urbanisme directeur et des mécanismes administratifs et financiers adaptés à une opération globale menée en site quasi vierge.

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Contrairement aux opérations de lotissements qui se multiplient actuellement dans les zones périurbaines d’Antananarivo et qui s’apparentent plutôt à une politique d’extension de la ville mais en ciblant uniquement des ménages privilégiés, une création de nouvelle ville peut toujours se faire en partenariat avec des investisseurs privés mais dans un double objectif de satisfaire plusieurs profils de ménages et d’assurer un développement économique par la valorisation des potentialités de la zone d’implantation. En effet, la création de nouvelles villes  devrait comprendre à la fois des zones d’habitation et des zones d’activités (zones industrielles, zones commerciales, zones administratives, …) avec toutes les infrastructures de voirie et de réseaux divers y afférentes. Pour cela, la mise en place de réserves foncières est impérative dans l’immédiat.

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Il faut donc encadrer ces multiples initiatives privées visant à produire des lotissements ou des morcellements un peu partout autour de Tanà qui pourraient résoudre en partie le problème de manque de logements à court terme mais qui ne feront qu’accentuer à moyen et long terme le déficit en espaces pour l’implantation des zones d’activités, dont la diversification est un gage du développement économique durable. En effet, la ville s’étend progressivement vers les communes périphériques, lesquelles constituent naturellement ses zones d’extension. Mais, si cette extension n’est pas planifiée, ce sera encore un grand risque pour l’avenir.

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