Ambohidrabiby, entre tradition et modernité

Ambohidrabiby, entre tradition et modernité

Faisant partie des douze collines sacrées de l’Imerina, Ambohidrabiby est situé à une vingtaine de kilomètres de la Capitale sur la RN3 menant vers la Commune Rurale de Talata Volonondry à laquelle cette bourgade appartenait d’ailleurs jusqu’en 2015, année où Ambohidrabiby est devenu le Chef-lieu de la nouvelle Commune du même nom.

Sur ce blog, j’ai jusque-là raconté mes séjours dans les sites touristiques et nombreux autres lieux de villégiature répartis dans  plusieurs Régions de Madagascar, mais je n’ai jamais parlé de mon « tanindrazana » ou la terre de mes ancêtres. Aussi, ai-je décidé de vous décrire dans ce billet un village historique de l’Imerina où mon corps rejoindra plus tard celui de feu mon père dans le tombeau familial, lequel est érigé quand même loin des tombes royales pour la simple raison que je suis loin d’être un descendant d’un Roi.

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Connaître l’histoire d’Ambohidrabiby « Hasin’Imerina »

Historiquement, Ambohidrabiby a toujours été connu comme étant la Capitale du royaume Merina au 16e siècle à travers le Roi Ralambo qui y régna de 1575 à 1610. Rabiby, à qui ce village doit son nom n’est autre que le beau-père du Roi. Cet astronome de renom avait changé le nom d’Ankotrokotroka où il habitait, en Ambohidrabiby qui signifie littéralement Colline de Rabiby.

Le zébu est inséparable au mythe d’Ambohidrabiby. On dit que Ralambo fut le premier malgache à avoir dégusté la viande de zébu. Mais contrairement aux idées reçues, cette première consommation de bœuf eut lieu à Ambohimalaza mais pas à Ambohidrabiby. En revanche, c’était à Ambohidrabiby que le nom vernaculaire du zébu initialement appelé « Jamoka » fut changé en «Omby».  Ceci venait du fait que contre toute attente, un jamoka de grande taille passa finalement par le portail en pierre relativement étroit de la citadelle.

C’était également à Ambohidrabiby qu’avait été prononcé pour la première fois le terme «Ambaniandro» (littéralement, sous le jour/soleil) qui désigne la population merina, l’ethnie originaire d’Antananarivo. L’histoire raconte qu’après une victoire sur les Vazimba d’Alasora, le Roi aurait déclaré ceci sur la colline d’Ambohidrabiby : « Les Vazimba sont désormais partis, engagés sur le chemin de l’exil. L’usage des sagaies a permis de les vaincre et, immanquablement, deviendront miennes toutes ces terres soumises au jour, car seul peut dominer le soleil ».

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Ambohidrabiby, un endroit très propice aux randonnées

Avec son paysage typique des hauts-plateaux malgaches alternant collines, villages et rizières, Ambohidrabiby est très propice aux randonnées pédestres. L’architecture traditionnelle malgache y est généralement conservée. De nombreux villages se sont implantés tout autour de la colline, dont les histoires sont souvent liées à la royauté.

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Sur les hauteurs de la colline avait été construit le palais. Les descendants du roi ou « Zanadralambo » s’ancraient en contrebas dans sa section occidentale, c’est à dire du côté d’Ambodifahitra. Les conseillers royaux ou « Zanadoria » résidaient à leur tour dans l’aile septentrionale de la cité, soit à Fonohasina. La partie orientale où se situe actuellement le village d’Anjanakarivo, était occupée par les courtisans appelés « Zanakarivo ». Enfin, les serviteurs prenaient place dans toute la partie australe de la citadelle.

Les randonnées à Ambohidrabiby vous permettront ainsi de découvrir ces villages historiques avec la possibilité de faire une incursion dans quelques maisons où les femmes continuent de perdurer l’art de tisser la soie malgache ou « Lambalandy », notamment à Fonohasina qui était le principal fournisseur du « Lambanandriana » à l’époque royale (photo d’illustration).

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Concernant les vestiges de la Royauté proprement dit, l’on peut toujours y trouver les ruines du « hadivory » ou fossé fortifié de la citadelle. Un musée renferme, outre quelques objets utilisés par les souverains, des panneaux relatant l’histoire plus ou moins détaillée de cette ère.

Sur le Rova ou palais d’Ambohidrabiby sont édifiées les tombes royales de Rabiby, de Ralambo ainsi que de Rasendrasoa, la première épouse d’Andrianampoinimerina. Une petite maisonnette en bois appelée « tranomanara » ou plus précisément « tranomasina » parce qu’il s’agit ici d’un clan royal est installée sur une de ces tombes.

L’autre vestige le plus connu, encore sauvegardé sur le site est cette immense marmite en fer qui contrairement à ce qu’on nous a souvent fait croire, ne servait en aucun cas à faire cuire le zébu mais plutôt à la fabrication de poudre au 18è siècle par Jean Laborde à Ilafy, mais elle a été transférée ensuite à Ambohidrabiby.

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Le nouvel an malgache, célébré en fanfare à Ambohidrabiby 

Parmi les faits d’armes de Ralambo figurait également l’institution de la fête du bain royal lors de l’Alahamady ou le premier mois de l’année dans l’astrologie malgache. De cette coutume est ainsi née la célébration du nouvel an malgache que certains natifs d’Ambohidrabiby s’efforcent tant bien que mal de faire renaître depuis quelques temps. La célébration du « taom-baovao malagasy » a lieu chaque année à Ambohidrabiby au mois de mars. L’événement se déroule généralement dans une ambiance populaire locale avec un savant mélange de la tradition ancestrale et quelques touches de modernité (crédits photos: Studio D.Mix).

Cette fête a le mérite de faire connaître davantage à l’ensemble de la population la richesse culturelle de cette colline qui était le point de départ de l’émergence de la Royauté Merina. Cependant, force est de constater qu’elle continue d’être ignorée aussi bien par l’Etat que par l’ensemble de la population tananarivienne. Une situation qui n’a rien d’anormale dans la mesure où les « ZanakAndriana » n’arrivent même pas à accorder leurs violons quant à la date exacte de l’Alahamady, à laquelle il faut célébrer le nouvel an malgache (crédit photo: Studio D. Mix).

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Curieusement, les organisateurs inaugurent toujours les festivités du taombaovao malagasy  par un culte au temple du village sous l’égide du pasteur d’Ambohidrabiby, alors que le christianisme n’était même pas encore arrivé à Madagascar à l’époque du Roi Ralambo. A mon humble avis, toutes les manifestations liées au nouvel an malgache devraient se dérouler sur le « kianja » ou place royale avec toutes les subtilités y afférentes. Il n’y a pas lieu d’organiser un culte dans l’église en pareilles circonstances.

Ambohidrabiby, entre cultes ancestraux et christianisme 

Sur la place royale, la pratique des cultes de possession rendus aux ancêtres royaux est encore courante devant les tombeaux. Certaines personnes continuent de vénérer le Roi Ralambo et lui demander sa bénédiction.

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A quelques mètres seulement de ces tombes royales a été bâtie la seule et unique église d’Ambohidrabiby, à savoir l’église protestante reformée. Bien que située en plein milieu rural, l’église d’Ambohidrabiby n’a rien à envier des autres grandes paroisses de la Capitale de par l’usage de l’informatique et d’écrans géants pendant le culte, et la présence massive de ses fidèles qui habitant à Tanà y viennent avec leurs belles voitures pour assister notamment au culte du premier dimanche du mois. Certaines pratiques y conservent toutefois la singularité du monde rural dont le fameux  » voka-dehibe » ou la fête des récoltes, pendant laquelle les paysans offrent littéralement toutes sortes de produits agricoles et d’élevage pour le légendaire « lavanty » ou vente aux enchères.

Bref, à Ambohidrabiby, il y a tout un mélange entre les traditions, les cultes ancestraux, le christianisme et la modernité. Le plus important, c’est que tout le monde vit en harmonie comme au temps de la royauté, sauf que maintenant le Roi est mort et le système de castes n’a plus cours.

3 réflexions au sujet de « Ambohidrabiby, entre tradition et modernité »

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